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25 août 2008

La Sentel accusée de fraude massive sur le trafic international avec la complicité de Belgacom et de JVM


Même si les faits ont été gérés de façon discrète, il n’en demeure pas moins que la Sentel Gsm est épinglée dans une sombre affaire de fraude massive sur le trafic international, en mettant en place un réseau de communication satellitaire parallèle avec deux opérateurs étrangers : Belgacom de la Belgique et Jvm du Canada. En effet, là où tout le trafic international, entrant ou sortant, pour le Sénégal doit passer par les Centres de transit international de la Sonatel à Médina et Thiaroye, Tigo est accusée par la Sonatel d’avoir contourné cette disposition.

Interpellé, son chargé des relations publiques, Lucien Ndong, nie en bloc et crie au complot. Mais c’est sans compter avec la dure réalité, car, prise la main dans le sac, l’entreprise « avait reconnu sa faute » lors d’une réunion tenue le 15 mai dernier, comme l’atteste le procès-verbal de ladite réunion avec la Sonatel. Les chiffres donnent le tournis, car, selon certains techniciens rompus aux arcanes de la téléphonie mobile, le coût de ce trafic tourne autour de 400 à 500 millions de F Cfa. Les accusations sont gravissimes et peuvent porter un sacré coup à l’image de la société de téléphonie Tigo, et pour cause. Selon une source digne de foi, le deuxième opérateur de télécoms s’adonne depuis quatre ans à une fraude massive sur le trafic international. Car, selon les textes en vigueur, tout le trafic international, entrant ou sortant, pour le Sénégal doit passer par les Centres de transit international à Médina et Thiaroye (CTI) de la Sonatel.

Seulement, Tigo contourne cette disposition de la loi, en coopèrant avec d’autres opérateurs pour échanger du trafic international. Ce qui, de l’avis de certains techniciens, a porté un sérieux préjudice aux intérêts de l’Etat et de la Sonatel. Et la même source d’ajouter : dans le cadre de ses activités officielles, Sentel a mis en place un réseau de communication satellitaire national. Aussi, parallèlement à ce réseau qui gère un trafic national, la compagnie a aussi établi des liens satellitaires qui servent de passerelles pour acheminer le trafic international, après avoir établi des contrats de coopération avec deux opérateurs étrangers, notamment Belgacom de la Belgique et JVM du Canada, afin de contourner le dispositif officiel existant, qui stipule que l’acheminement du trafic international, entrant ou sortant, doit se faire via la Sonatel ». Les fracassantes confessions de Sentel Gsm lors de la réunion du 15 mai dernier D’après le procès-verbal d’une rencontre tenue le 15 mai dernier entre les deux sociétés de téléphonie, la Sonatel a même sommé Tigo (ex-Sentel) de faire preuve de transparence dans le respect des règles de concurrence, car des précédents ont été notés pour des appels frauduleux passés à partir de son réseau. Toujours lors de cette réunion, la Sonatel avait clairement indiqué à Tigo qu’elle connaît toutes les pratiques frauduleuses commises sur le trafic international.
Mieux, la Sonatel avait menacé de prendre toutes les dispositions nécessaires pour faire face à ce problème. Convaincue qu’elle est prise la main dans le sac, Tigo avait reconnu l’existence de ces appels frauduleux de même que la baisse du TMI et avait promis de s’en référer à sa direction générale, afin d’éviter d’arrêter ce partenariat. Le bordereau de transmission validation contrat qui a perdu Tigo Selon le bordereau de transmission validation contrat signé du 14 mars 2007, dont « L’As » a obtenu copie, et qui retrace la nature du contrat Sentel/JVM informatique Canada Inc, il est stipulé qu’un avenant à ce contrat est nécessaire pour la prise en charge de la bande passante satellitaire, ainsi que la proposition de outgoing. Mais, concernant la partie validation conformité process, les deux sociétés signataires du contrat notent que l’Artp a une position différente de la leur sur le trafic international. Aussi, s’attendent-elles à une sommation interpellative. 10,5 millions de minutes écoulées via des chemins officieux, soit entre 400 et 500 millions de F Cfa, selon certaines prévisions Selon une source digne de foi, à titre d’appréciation, pour le seul mois de mars 2008, 10,5 millions de minutes (soit entre 400 et 500 millions de F Cfa) ont été écoulées via ces chemins officieux et distribuées comme suit : 1.406.446 sortant via Balgacom, 5.067.115 entrant via JVM et 3.983.338 entrant via Belgacom. Pour ce cas, confie la même source, les opérateurs JVM du Canada et Belgacom de la Belgique envoyaient directement à Tigo, via Satellite, des appels à destination d’abonnés de Sentel. Celle-ci facture les opérateurs pour cette terminaison de trafic, qui, n’étant pas déclarée aux autorités, n’est pas passée par la Sonatel qui est dans ce cas de figure l’entité la plus lésée, même si l’Etat n’est pas susceptible de percevoir toute Tva ou autre impôt associé à la contribution aux chiffres d’affaires de ces revenus. En ce qui concerne le cas du trafic sortant, l’Etat apparaît, car le coût de la minute payée par l’abonné ne fera jamais l’objet d’une quelconque taxe, car non déclarée. Pire, pense une source proche de Sentel, le volume total des revenus venant de ce type de trafic ne saurait être comptabilisé dans le chiffre d’affaires de l’entreprise, donc la société ferait une sous-déclaration dans son chiffre d’affaires et, du coup, aurait à payer moins à l’Etat pour tout impôt lié au chiffre d’affaires.
Lors de la même réunion du 15 mai dernier, les directions techniques de la Sonatel et de Tigo se sont retrouvées à nouveau, pour discuter sur la mise en place de la Fibre optique de Sentel, la colocalisation des équipements de Tigo, le rehaussement des antennes de celle-ci situées à la Sonatel de Médina, interconnexion de Orange-Tigo. Sonatel avait également déploré que Tigo ait démarré ses travaux avant réception de la réponse de Sonatel sur la demande de colocalisation. Néanmoins, Sentel devait désormais envoyer à Sonatel le tracing du parcours de sa Fibre optique pour permettre une meilleure connaissance des points d’entrée et aussi faciliter l’étude de faisabilité. Par ailleurs, Sonatel avait précisé à Tigo de prendre toutes les dispositions nécessaires pour ne plus envoyer de numéros sous format international. Tigo nie en bloc et indexe des individus malintentionnés Joint au téléphone, le responsable des relations publiques de Sentel Gsm, Lucien Ndong, nie en bloc le fait que Tigo ait été épinglée par la Sonatel.

Affichant une assurance débordante, il déclare au bout du fil : « il n’y a jamais eu la moindre nébulosité dans le partenariat entre la Sonatel et la Sentel ». Aussi, piqué par on ne sait quel virus, Lucien Ndong tente de servir une leçon de journalisme à son interlocuteur : « je ne pense pas que cette affaire soit digne d’investigation journalistique. D’ailleurs, je ne comprends pas que çà et là, des individus malintentionnés cherchent à soulever des lièvres là où il n’en existe pas ». Revenant à ce qui nous intéresse, il poursuit : « nous sommes tranquilles, car tout cela est faux ! ». Mais, ajoute-t-il : « si cela vous convient, demain (Ndlr : aujourd’hui) passez dans les locaux de Tigo et demandez après Lucien Ndong. Nous pourrions discuter et je vous convaincrais qu’il n’y a pas de quoi fouetter un chat dans cette affaire montée de toutes pièces ». Tout un programme !
Daouda Thiam


(Source : L’As, 22 aout 2008)